Deux versets de la Torah interdisent expressément les pratiques homosexuelles masculines.

Le premier se trouve en Lévitique 18, 22 : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme avec une femme. C’est une abomination ». Ce terme très fort dans son sens renvoie à quelque chose qui est radicalement mauvais et qui mérite, selon le second verset, la mort : « L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme, c’est une abomination qu’ils ont tous deux commises. Ils devront mourir et leur sans retombera sur eux » (Lévitique 20, 13). La peine de mort reste cependant théorique puisque les tribunaux rabbiniques à l’époque du Second Temple ne la prononçaient pas dans la pratique. Personne n’a jamais été mis à mort à cause de cela.

Quelques remarques peuvent être faites à propos de ces deux versets. Certains commentateurs modernes ont insisté sur le « comme ». Dès lors, ce qui serait interdit n’est pas le sentiment amoureux homosexuel, ni même certaines pratiques homo-érotiques, mais la sodomie en elle-même en ce qu’elle implique une féminisation du partenaire passif. Il s’agit d’éviter la confusion et le mélange des genres. Toujours dans le même esprit, cet interdit est un moyen de se démarquer des populations environnantes où les pratiques homosexuelles sont admises. En outre, cette pratique implique de répandre la semence « en vain » ce qui est contraire à l’exigence de procréation. Il convient de rappeler que le judaïsme encourage la sexualité comme moyen d’épanouissement entre deux individus, le plaisir doit faire partie de l’acte sexuel, et une femme peut même, en théorie, demander le divorce si son mari ne la satisfait pas. Cependant, la sexualité ne peut s’exercer que dans des limites bien précises, entre deux individus mariés, et aussi dans le but de procréer.

Il est intéressant de noter que l’homosexualité féminine ne fasse pas l’objet d’un tel interdit. Le seul problème selon Maïmonide, un décisionnaire du 12e siècle, est que la femme lesbienne puisse se refuser à son mari.

On l’aura compris, la sexualité biblique est inégalitaire, la puissance de l’homme se caractérisant par sa capacité à pénétrer sa partenaire qui a un rôle inférieur. De plus, dans le récit célèbre de Sodome et Gomorrhe (Genèse 19), l’homosexualité sous-jacente est perçue avant tout de manière violente comme une tentative de domination par la sodomie (pratique qui tire son nom de cet épisode).

Et pourtant, comme l’a démontré le professeur Thomas Römer de la Faculté de Théologie Protestante de Lausanne, l’histoire de David et de Jonathan peut être interprétée comme ne histoire d’amour entre deux hommes, puisque David dit après la mort de Jonathan : « Je suis dans la douleur à cause de toi, Jonathan, mon frère ! Tu m’étais plus cher que tout, ton amour pour moi était merveilleux, plus que l’amour des femmes » (1 Samuel 1, 26).

Cette ambivalence face à l’homosexualité est reflétée aujourd’hui par les différents courants du judaïsme. Le monde traditionnaliste dans son ensemble en reste à une lecture littérale du livre de Lévitique, et dans les milieux ultra-orthodoxes, le sujet fait l’objet d’un déni collectif. On peut toutefois observer de légers changements. Le rabbin orthodoxe américain Steven Greenberg par exemple a fait son coming-out et vit ouvertement avec son partenaire. Il a écrit sur ce sujet et essaye de faire évoluer la perception de son milieu[1]. En Israël, une association gay orthodoxe a vu récemment le jour à l’initiative d’un rabbin orthodoxe israélien homosexuel (www.hod.org.il).

Les mouvements non-traditionnalistes, comme le mouvement libéral ou le mouvement Conservative (massorti) ont adopté une position plus ouverte sur cette question. Si les séminaires rabbiniques libéraux acceptent désormais des étudiants rabbins ouvertement gays, ce sujet fait encore l’objet de débat dans les différents séminaires massortis et le choix est laissé à chaque centre de formation. Concernant la question du mariage homosexuel, certains rabbins libéraux, ou même certains mouvements libéraux, comme le mouvement anglais Liberal Judaism acceptent de marier des personnes du même sexe. La question ne se pose pas encore en France puisque seul le mariage civil est reconnu. Le mariage religieux ne peut se faire qu’après celui-ci, et pour l’instant, le mariage entre personnes du même sexe n’est pas légal dans notre pays.

Mais d’une manière générale, les mouvements non-traditionnalistes ont reconnu que l’homosexualité n’était pas un choix délibéré et qu’elle n’était pas une inclination contre nature. Elle est un fait constitutif de l’identité de certaines personnes et nullement une maladie de l’âme. Il existe des groupes juifs homosexuels, comme le Beit-Haverim à Paris et dans certaines villes en région, ainsi que des communautés totalement homosexuelles, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

 

 

 

 

 

 

René Pfertzel

Etudiant rabbin

Collège rabbinique libéral Leo Baeck College, Londres.



[1] Voir par exemple son :  Wrestling With God and Men : Homosexuality in the Jewish Tradition, University of Wisconsin Press, 2004.