On a lu, vu et entendu énormément de prises de position à l'occasion du mariage pour tous, et notamment durant la manifestation du 13 janvier 2013. Bien sûr, les organisateurs ont soigneusement évité tout slogan homophobe, mais ça a été difficile ! Je suis surpris et peiné de voir mon pays divisé de manière si profonde, et de voir que des gens manifestent massivement contre l'extension d'un droit, au lieu de tendre vers le progrès. Lorsque le droit de manifester devient l'expression des opinions les plus conservatrices, on est en droit d'être inquiet. Tous ces gens se gorgent du succès (relatif) de la mobilisation, des dérapages verbaux ont eu lieu: et pourquoi pas l'inceste? Et pourquoi pas la zoophilie? La bêtise, elle, n'a pas de limites.

La question fondamentale est: pourquoi ont-ils peur? De quoi ont-ils peur? Même les plus enragés d'entre eux savent bien que le genre des parents n'a pas d'incidence sur le devenir des enfants. Ce serait trop beau ! Tous les enfants issus d'un couple hétérosexuel seraient donc à l'abri de toute névrose. Amusant... La peur fondamentale est celle de l'Autre. Ma tutrice et amie, le Rabbin Sheila Shulman de Londres m'a dit un jour que fondamentalement, l'homophobie est en réalité de l'hétérophobie, littéralement la peur de l'autre. Cette idée me semble brillante. "Homo" en Grec signifie "le semblable". Si vous haïssez votre semblable, vous vous haïssez vous-mêmes. Peut-être est-ce cela le fond du problème? Des hommes (car ce sont essentiellement des hommes) attirés par leurs semblables qui rejettent cette idée, haïssent ce qu'ils voient en eux, et du coup deviennent violents verbalement ou en acte? 

On m'a rapporté une réflexion parue sur Facebook à ce sujet. Non, les homophobes n'ont pas peur des gays et des lesbiennes. Les homophobes sont juste bêtes. Qui peut croire un instant que ce droit brouillera les pistes en matière de filiation, marquera la fin de la civilisation, et autres fadaises? Personne ne se réveillera un matin en disant: Cool, les homos peuvent se marier. Et si je devenais homo? 

Ces gens n'arrivent pas à intégrer dans leur vision du monde une réalité pourtant évidente: le monde est complexe, et l'a toujours été. Autrefois, on se débarassait simplement de tous ceux qui témoignaient de cette complexité, à savoir toutes les minorités. Aujourd'hui, fort heureusement, les minorités dans nos pays ne sont plus persécutées. Moquées, certes, montrées du doigt. Mais plus massacrées. 

Un monde où chacun a sa place, un monde où la différence n'est plus crainte, mais respectée, valorisée, un monde où l'on manifeste pour plus de tolérance et de respect mutuel, tel est le monde qui était absent le 13 janvier. 

Quant aux autorités religieuses, hontes à elle d'adopter des positions conservatrices et rétrogrades. Le message de toute religion, du judaïsme en tout cas, est un profond appel vers plus de justice sociale, vers plus de fraternité. Je sais qu'en voyant l'histoire des religions, ou même l'actualité de certains groupes religieux, cette idée peut sembler minoritaire, ou difficilement acceptable, mais il y a plusieurs manières d'être "religieux" dans le monde. En ce qui me concerne, je suis plus intéressé par le "lien" impliqué par le mot religion (latin: religere = lier, connecter), que par les interdits. L'éthique doit être responsable, et non répressive. 

Alors, cher amis manifestants, maintenant que vous avez le sentiment du devoir accompli, rentrez chez vous, regardez le débat au Parlement et la loi passer, et puis habituez-vous à cette idée ancienne et toujours difficile à admettre: le monde change, tout est en mouvement, un individu peut vite se retrouver à la traîne. Vaut-il mieux lutter contre les changements, ou au contraire les accompagner? En ce qui me concerne, le choix est simple.